vendredi 6 février 2015

Les fibres optiques sous-marines, terrain de chasse de la surveillance massive

Les attentats de Janvier ont entraîné une exploitation croissante des interceptions de communications  internationales transitant par les fibres optiques qui tapissent les océans.
Alors qu’il y a quinze ans, les satellites de télécommunications étaient espionnés par les gigantesques antennes du réseau Echelon, aujourd’hui ce sont les câbles sous-marins qui sont les principales victimes de ces interceptions généralisées.
Ainsi, Cable & Wireless, l’entreprise anglaise responsable des câbles sous-marins qui passent par la Grande-Bretagne – aujourd’hui filiale de Vodafone – abrite, selon un document Snowden, un « gestionnaire de projets », membre du GCHQ (le service de renseignement électronique du gouvernement)qui coordonne cette mission de surveillance et dispose d’un budget de 9 millions de dollars par an pour les frais de mise à disposition des données. Cable & Wireless (nom de code GERONTIC) a été jusqu’à aider l’agence britannique à se connecter à un autre réseau câblé relié à l’Asie et géré par une entreprise concurrente indienne, Reliance. Ce piratage a été effectué à partir d’un « point d’accès » privilégié (nom de code NIGELLA) près du centre GCHGQ de Bude, dans les Cornouailles, au sud de l’Angleterre[1].
C’est là, entre un immeuble de traitement des données et de vastes souterrains, que se rejoignent le câble Flag Atlantic 1 (reliant les Etats-Unis et l’Europe) et Flag Europe-Asie (qui dessert quant à lui l’Egypte, l’Arabie Saoudite, l’Inde, l’Asie du Sud-Est, la Chine et finalement le Japon), le tout représente un débit pharaonique de 800 gigabits par seconde. Dans cette gigantesque gare de triage numérique, espions anglais et américains s’efforce de filtrer, classer, trier les données grâce à des logiciels ultra sophistiqués (TEMPORA, XKEYSCORE) et aux analyseurs de trafic en temps réel NAURUS, filiale de Boeing.
Toute cette activité génère d’importants budgets, des réunions entre firmes privées et services secrets anglo-américains. Rappelons que la NSA a dépensé en 2013, 278 millions de dollars pour bénéficier des services (largesses ?) de sociétés de télécommunications[2].
Et la France ? Nous ne connaissons  pas, pour l’heure, le type de relations établies entre la DGSE et l’opérateur historique (Orange) et  ses concurrents (SFR, Free, Numericable pour les principaux), ni comment cet ensemble très uni coopère avec les Anglo-Saxons. Ce qui est sûr en revanche, c’est que des ingénieurs de la DGSE se sont rendus à  Bude afin de se former auprès du GCHQ et qu’ils utilisent désormais le logiciel de la NSA XKEYSCORE sur les câbles sous-marins, notamment ceux transitant par Marseille.




[1] Incenser, Electrospaces blogspot, 30 novembre 2014.
[2] Ryan Gallagher, « Vodafone linked company », The Intercept, 20 novembre 2014.

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