mercredi 2 mai 2018

Le Canard Enchaîné et Conversations secrètes

Rédigé par Jean-François Juliard et publié le 2 mai 2018.

Le Point et Conversations secrètes


Quand Vichy espionnait les Français
Les archives du service chargé de la surveillance de la population montrent que le zèle des fonctionnaires suppléait à ses techniques plutôt rudimentaires.

Publié le 28/04/2018 à 11:00 | Le Point.fr

René Bousquet a pris le contrôle du SCT qui se développe et auquel il « consacre tous ses efforts à perfectionner un outil policier dont la composante technique est aussi importante que l’organisation administrative », écrit l'auteur. Image d'illustration.
© AFP/ -

Le journaliste et historien spécialiste des systèmes de communication Antoine Lefébure fouille et analyse depuis des années un outil de surveillance exceptionnel de la population mis en œuvre durant la Deuxième Guerre mondiale, le Service de contrôle technique (SCT). Il fonctionnait déjà sous la IIIe République, pour espionner les correspondances postales et les communications téléphoniques des Français, mais le régime de Vichy l'avait étoffé.
Le service, qui dépendait originellement du ministère de la Guerre, fut transféré à celui de l'Intérieur. De 1940 jusqu'à la prise de contrôle de cette organisation par les Allemands en 1944, ce sont plus de 5 000 fonctionnaires qui ont passé leurs journées à épier leurs concitoyens, mais pas seulement : le régime de Vichy surveillait les communications allemandes, tandis que les troupes d'occupation espionnaient tout le monde, d'abord dans la zone occupée, puis également dans la zone libre, après son invasion en novembre 1942 !
La population, pas dupe, ne se fait aucune illusion sur les violations du secret de la correspondance, qui s'accompagnent, parfois, de vols dans les colis. Marthe, de Lyon, écrit à ses parents le 5 mars 1940, dans un courrier évidemment intercepté, pour protester contre les vols de tabac : « Que ces messieurs les postiers lisent ma prose, je m'en frictionne les clavicules avec des pattes de homard en éventail, mais qu'ils fauchent des paquets de trèfle, j'en suis outrée. »
Surveillance générale
La chasse aux juifs réfugiés dans la zone sud est une activité prioritaire pour le régime de Vichy. Le SCT est d'une curiosité maladive, bien peu de suspects échappent à ses regards. Un nom, une activité professionnelle, des relations sont autant d'indices dont se saisit la froide mécanique de la surveillance. Les juifs « identifiés sont étroitement surveillés, leurs correspondances systématiquement ouvertes. Le censeur note soigneusement les nom et adresse des destinataires, ce qui permet à la police d'identifier ses futures proies », note l'auteur. Anonymes et personnalités, tout le monde est surveillé.
Ayant eu accès aux archives déclassifiées par François Hollande en 2015, Lefébure rappelle le rôle de René Bousquet qui est, à la fin de 1942, avec Pierre Laval, « l'homme le plus puissant de France ». Il a pris le contrôle du SCT qui se développe et auquel il « consacre tous ses efforts à perfectionner un outil policier dont la composante technique est aussi importante que l'organisation administrative ».
Raison d'État

Antoine Lefébure, Conversations secrètes sous l’Occupation, Tallandier, 380 pages, 22,50 euros.
Un ancien fonctionnaire du service de contrôle technique a expliqué à l'auteur sa perception de ces actions illégales, accomplies au nom de la raison d'État : « Il s'agissait d'informer les plus hautes autorités du pays, confronté à une situation grave. Dans ces cas-là, l'État est bien obligé de ne pas respecter la loi, y compris celle protégeant le secret postal. Les intérêts supérieurs du pays, sa sécurité sont menacés et l'État doit prendre toutes les mesures pour ne pas être pris par surprise. C'est tout simplement de la légitime défense. Dans ce genre de circonstances, personne ne peut être choqué de voir les serviteurs de l'État de salir les mains. »
Après la Libération, le service resurgira de ses cendres et il poursuivra ses activités « certes de manière plus limitée mais avec le même souci de garder le secret le plus complet ».

samedi 14 avril 2018

Révélations sur Vichy et l'Occupation

Saviez-vous que durant l’Occupation, les Français étaient sous haute surveillance ? Le courrier était ouvert et les communications téléphoniques écoutées systématiquement.
Si de telles mesures ne sont pas envisageables de nos jours, à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale le gouvernement ne s’est pas privé de le faire tant il lui paraissait important d’avoir  connaissance de ce qui se tramait. L’organisme chargé des écoutes s’appelle SCT, Service des Contrôles Techniques, sa mission et sa constitution sont ultra secrètes. Chaque mois des milliers de lettres sont dépouillées et les conversations téléphoniques retranscrites. La défaite ne met pas fin à ses activités, bien au contraire, Pétain, soucieux de connaître l’état d’esprit des habitants de la zone libre déploie le service dans tous les départements sous son autorité.
Rapidement, cet organe ultrasecret de surveillance sert à des fins policières : identifier les dissidents, repérer les ennemis de l’Etat et faire la chasse aux juifs. 5000 fonctionnaires tenus au secret travaillent dans l’ombre pour fournir quotidiennement aux dirigeants des rapports sur ce qui se dit et s’organise.
A la tête du SCT on trouve Laval et son maître d’œuvre Bousquet qui se servent d’une simple phrase dans une lettre ou d’un coup de téléphone imprudent pour diligenter enquêtes et coups de filet. Bousquet, haut fonctionnaire de police depuis 1936, féru de modernité, utilise à plein régime fichiers et interceptions pour éteindre toute dissidence. La révélation de ce livre, c’est bel et bien Bousquet qui conçoit et réalise le « Fichier S » des individus dangereux pour la sûreté de l’Etat.
Autre secret bien gardé jusqu’à aujourd’hui, la collaboration des services de Vichy avec les Allemands dans ce domaine car les interceptions, tout comme les interrogatoires de police, sont régulièrement communiqués à l’occupant.
Une dernière question se pose alors. Comment un organisme aussi actif et stratégique a-t-il pu rester secret si longtemps ? La réponse tient en quelques mots : à la Libération, les autorités gaullistes reprennent à leur compte toute l’activité du SCT, mettant de côté 3 responsables trop proches de Laval et procédant à de nouvelles embauches. C’est pourquoi les ravages faits par ce service ne furent jamais évoqués lors du procès de Bousquet ni lors d’autres procédures. Aux historiens qui s’interrogeaient à partir de quelques archives disponibles, il était expliqué qu’il s’agissait d’un organisme public de sondage, une Sofres avant l’heure. Ce n’est qu’aujourd’hui que la vérité peut être établie, Vichy a conçu et réalisé un système de surveillance massive comme il n’en avait jamais existé.
Toutes ces copies de lettres et de conversations retrouvées aux Archives sont un trésor pour l’historien qui suit au jour le jour, les drames causés par la répression, par l’éloignement des prisonniers, par les difficultés du ravitaillement, par l’angoisse de se faire repérer. Les variations d’une opinion publique traumatisée et déboussolée sont manifestes dans ces milliers de documents où l’on voit les correspondants s’épancher sans imaginer qu’ils seront lus par des fonctionnaires sans état d’âme.

Cet ouvrage a été rendu possible par l’ouverture en 2015 des archives de la période 39-45. Après un an de travail dans différents fonds d’archives j’ai pu reconstituer l’activité des services secrets français. Ce livre est à la fois une enquête sur les services secrets pendant la guerre et un journal au quotidien de la vie de ces Français dans l’épreuve.

Conversations secrètes sous l'Occupation, Antoine Lefébure, Tallandier, février 2018.

REVUE DE PRESSE :
- Sept.info
- Thucydide

vendredi 13 avril 2018

RCF et Conversations secrètes sous l'Occupation

Lundi 16 avril à 21 heures diffusion de l'émission : La France et ses secrets.


A travers le dépouillement des écoutes du régime de Vichy, créateur du fameux fichier S toujours en activité, à travers la biographie d'Alexandre de Marenches, qui a dirigé nos services secrets, et enfin à travers l'analyse de la diplomatie française durant la guerre froide, trois historiens retracent le secrets de la France, d'hier à aujourd'hui.

Le Figaro et Conversations secrètes

Le Figaro Magazine, 13 avril 2018

Le Monde et Conversations secrètes sous l'Occupation

Le Monde, le 9 avril 2018 :

Les années noires des correspondances entre Français
A travers l’étude du Service des contrôles techniques, un organe ultrasecret de surveillance pour identifier les dissidents, repérer les ennemis d’Etat et faire la chasse aux juifs dès 1940, Antoine Lefébure restitue une histoire tragique de la France de Vichy.
LE MONDE | 09.04.2018 à 16h20 • Mis à jour le 09.04.2018 à 16h57 |Par Antoine Flandrin

Livre. Au lendemain de l’installation de l’Etat français à Vichy, le 10 juillet 1940, le maréchal Pétain, qui dispose des pleins pouvoirs, demande au Service des contrôles techniques (SCT) de lui rapporter ce que les Français disent et écrivent sur lui. Il décide donc de séparer le SCT du ministère de la guerre et d’en faire un organe ultrasecret de surveillance pour identifier les dissidents, repérer les ennemis d’Etat et faire la chasse aux juifs.
Cette arme redoutable que fut le SCT, Antoine Lefébure la connaît bien : en 1993, il avait publié Les Conversations secrètes des Français sous l’Occupation, chez Plon. Vingt-cinq ans plus tard, il s’est replongé dans le sujet après que le gouvernement de François Hollande eut décidé, en décembre 2015, d’ouvrir aux chercheurs l’ensemble des archives les plus secrètes de la seconde guerre mondiale.
Lettres de condamnés à mort
L’ouvrage qui ressort aujourd’hui chez Tallandier est donc une version considérablement remaniée : l’auteur, spécialiste de l’histoire des technologies de communication, dit avoir trié plus de trois cent mille lettres et interceptions téléphoniques produites entre 1937 et 1945. Finalement, il a porté son attention sur trente mille d’entre elles faisant écho aux événements tragiques de la période.
Parmi celles-ci, une lettre d’un père expliquant à une parente les motivations de son fils qui a choisi de rejoindre la Légion tricolore aux côtés des Allemands ; une conversation téléphonique entre deux Marseillais sur des actes de résistance qui ne se définissent pas encore comme tels ou encore des lettres de condamnés à mort, victimes de la répression du régime de Vichy.
Antoine Lefébure dit n’avoir identifié qu’un nombre très limité de lettres de dénonciation. Les arrestations de juifs et de résistants « n’étaient la plupart du temps que les conséquences de l’activité sinistre des “contrôles techniques” », soutient l’auteur, qui décrit bien les rouages du SCT,« machine de guerre » dirigée d’une main de fer par l’amiral Darlan, puis par René Bousquet, « grand organisateur du système des fichiers et d’interceptions ».
Chronologie approximative
S’il restitue la France des années noires dans sa complexité, l’ouvrage manque, en revanche, de clarté. Après avoir consacré un chapitre beaucoup trop long à l’interception des correspondances françaises depuis Louis XIII, l’auteur plonge dans l’étude de l’écoute des Français après 1940, sans analyser les points de convergence et de rupture en matière de surveillance entre la IIIe République et le régime de Vichy.
De même, certains découpages chronologiques sont opérés sans grand souci de rigueur : en témoigne le troisième chapitre, consacré à l’« ère Darlan », que l’auteur situe un peu trop facilement entre 1939 et 1942. Enfin, les documents présentés sont trop souvent reproduits sans commentaires pour éclairer le lecteur. Ils ne servent donc qu’à illustrer les propos de l’auteur, alors qu’il y aurait tant à dire sur leurs contenus.
« Conversations secrètes sous l’occupation », d’Antoine Lefébure, Tallandier, 384 pages, 22,50 euros.

jeudi 5 avril 2018