jeudi 18 décembre 2008

L’œil d’Hitler !

Walter Frentz et Leni Riefenstahl sur un tournage.




En publiant L'œil du IIIe Reich, les éditions Perrin mettent à disposition du lecteur français, un formidable travail de documentation et d’analyse sur le travail de Walter Frentz, le photographe-cameraman préféré d’Hitler. Un personnage hors du commun, athlète de 1,93 m qui devint un virtuose de la prise de vue en filmant les compétitions de kayak dont il était passionné. Sans état d’âme, il accepta ensuite de suivre la réalisatrice Leni Riefenstahl pour tourner en 1933 un film sur le congrès du parti nazi à Nuremberg. Il entra ainsi de plein pied dans l’intimité des dignitaires nazis qu’il suivit jusqu’en 1945. Il réalisa des images mémorables des campagnes militaires mais aussi de l’intimité d’Hitler et de son entourage dans le « nid d’aigle » du Berg Hof. Autorisé à photographier même dans les zones interdites, il réalisa des photos effrayantes des « voyages d’étude » d’Himmler sur le front de l’est et fit même un reportage sur la construction des V2 dans le camp de concentration usine de Dora.

Ces images, qui peuvent exciter une fascination morbide sont analysées et remises dans leur contexte grâce au travail que lança le propre fils de Walter Frentz, Hann-Pieter, qui ouvrit ces archives à onze historiens de qualité dont Fabrice d’Almeida écrit : » l’apparente simplicité de ce corpus visuel en dit long sur l’aveuglement dont sont capables les gens de presse et de culture (…) Ce livre pèse lourd pour qui cherche à comprendre l’histoire du temps présent. Il présente un projet visuel qui s’inscrit dans une longue durée du rapport entre les formes artistiques et la fabrication du sujet politique. »
Hitler toujours avec l’étonnante histoire de sa bibliothèque raconté par l’historien Timothy Ryback. Dans un
long article d’Atlantic Monthly, il raconte sa découverte des livres confisqués du dictateur, conservés à la Librairie du Congrès, 12000 ouvrages rescapés d’un ensemble de 16000.
Dès son enfance, Adolf Hitler lut et collectionna les livres, romans épiques comme ceux de
Karl May, traités militaires, ouvrages mystiques. Afin de le distraire lors de son incarcération en 1924 pour avoir fomenté un coup d’état contre le gouvernement allemand, il reçoit un ouvrage de Goethe d’une admiratrice qui n’est autre que la fille de Wagner… Douze ans plus tard, c’est Leni Riefenstahl qui lui dédicace une édition précieuse de Fichte. A la fin des années 30, les historiens estiment qu’il recevait 4000 livres par an, ceux qui sont conservés à Washington restent une source précieuse pour essayer de comprendre le cerveau le plus destructeur du XXe siècle.

mardi 2 décembre 2008

Comment Ben Laden s’est échappé !

L’élection d’Obama délie les langues de ceux qui ont mené la guerre contre le terrorisme sous la direction de George Bush. Le chef du Commando des forces spéciales américaines chargées de traquer Ben Laden après l’invasion de l’Afghanistan vient de sortir un livre choc qui fait sensation aux Etats-Unis titré "Tuez Ben Laden".
La mission fut donnée à un commando "
Delta Force", l’unité la plus secrète de l’armée. Une cinquantaine d’Américains armés jusqu’aux dents, habillés en combattants afghans, portant barbes et turbans, soutenus par des miliciens afghans et paramilitaires de la CIA, étaient chargés de tuer Ben Laden sans signer leur action. Grâce aux repérages radio faits par la CIA, Ben Laden est localisé dans les montagnes bordant le Pakistan, un endroit nommé Bora-Bora.
Lors d’une
émission spéciale "60 minutes" de CBS, Dalton Fury, chef du commando raconte comment le projet d’attaquer la troupe de Ben Laden par l’arrière en venant du Pakistan fut refusé par le haut commandement, tout comme le projet de miner la vallée par laquelle le groupe Al Qaida pouvait s’enfuir. Une décision prise par la tutelle du commando, le Socom et le JSOC qui sont en liaison constante avec la Maison Blanche. Le lendemain, le groupe Delta se trouve à moins de 2000 mètres du camp terroriste mais les mercenaires afghans censés l’appuyer lui font défaut et battent en retraite. Ils ne peuvent pas prendre d’assaut un campement d’environ 2000 militants. C’est le moment que choisit le Général Ali, chef des alliés afghans, pour annoncer au groupe Delta qu’un cessez-le-feu vient d’être établi avec Al Qaida. Malgré ces revers, les Américains repèrent un groupe de 50 militants qui se dirigent vers une grotte. Ils réussissent à faire intervenir l’aviation qui bombarde l’objectif pendant plusieurs heures. Six mois plus tard, des soldats américains et canadiens viennent fouiller les décombres, faisant sauter à l’explosif les grottes obstruées par les gravats. Ils identifient de nombreux corps mais aucun ne correspond au signalement de Ben Laden. Si Dalton Fury a décidé de braver la loi du secret et de révéler comment Ben Laden lui a échappé, c’est pour calmer sa frustration et interroger publiquement les dirigeants de l’époque sur leurs errements. Pourquoi avoir laissé Ben Laden s’échapper ?

lundi 3 novembre 2008

Rumeurs de guerre en Corée.

Depuis quinze jours, la tension monte graduellement entre la Corée du Sud et la Corée du Nord. Hostiles à toute négociation avec Pyongyang, les dirigeants de droite de Séoul récemment élus, laissent les activistes des droits de l’homme agir librement. Ces derniers envoient en direction du Nord des ballons chargés de propagande "subversive". Dénonciation de la dictature militaire, informations sur la maladie qui rend Kim Jong-il incapable de diriger le pays et surtout, billets de banque qui permettent d’organiser une évasion vers le Sud.
A la dernière réunion de négociations entre les deux pays, les militaires du Nord ont été menaçants comme ils ne l’avaient jamais été. Ils ont exigé que ces "provocations" s’arrêtent et ont annoncé qu’ils allaient "réduire à l’état de débris tous ceux qui s’opposaient à la nation et à la réunification." La
menace directe et précise, a laissé sans voix la délégation sud coréenne. Ces derniers ont décidé d’enquêter sur la situation réelle de la Corée du Nord et ont découvert que le dirigeant nord coréen Kim Jong-il n’était pas apparu publiquement depuis plusieurs mois et leurs espions ont confirmé que derrière cette absence se cachait un secret d’état, l’accident vasculaire cérébral dont le dirigeant avait été victime.
Le 27 octobre, le patron des services secrets de la Corée du Sud a annoncé officiellement la maladie de Kim Jong-il. Le lendemain les journalistes de la chaîne japonaise Fuji TV, dûment renseignés, filmaient les déplacements à Paris de Kim Jong Nam, fils aîné du dirigeant.
Le Point annonçait que le Professeur Roux, de l’hôpital ST Anne se rendait à Pyongyang au chevet du malade. Malgré les démentis de l’éminent neurologue, et la diffusion de nouvelles photos de Kim Jong-il en bonne santé, la réalité de sa maladie est établie.
Interviennent aujourd’hui ceux qui "lisent dans les feuilles de thé" nom donné aux spécialistes de la Corée du Nord qui analysent la moindre information pour estimer les luttes de pouvoir au sein de la classe dirigeante. De l’avis général, le risque de conflit international est réel, la Corée du Nord se sentant agressée et faible. Aucun des trois fils du dirigeant n’a l’envergure pour lui succéder, en revanche sa troisième femme
Kim Ok, une ex virtuose de piano, joue désormais un rôle décisif. Les observateurs diagnostiquent un conflit armé entre le Nord et le Sud ou un affaiblissement graduel du pouvoir.

vendredi 31 octobre 2008

Internet et création.

Le fait que des individus transmettent à d’autres des œuvres qu’ils ont aimées ou qu’ils ont réalisées doit être considéré comme une chance extraordinaire pour la création et non pas comme un péché ou une fatalité ; le ton était donné le 28 octobre à la Cantine, rue Montmartre où Philippe Aigrain présentait son dernier livre Internet & Création, comment reconnaître les échanges sur Internet en finançant la création ?
Un énoncé explicite mis aussitôt en pratique par l’auteur entouré de quelques éminents représentants de la création enligne. Son éditeur d’abord, In Libro Veritas, dont tous les ouvrages sont
disponibles sur Internet. Joseph Paris (Cassandre) qui produit des longs métrages, Jane Lindgaard de MediaPart, le musicien François Nowak, qui dit ne pas comprendre pourquoi il faudrait criminaliser la consommation illicite de musique. Ce qui se joue avec la loi répressive d’Albanel, c’est une opération qui vise à assurer le contrôle complet de la création artistique par les multinationales de la production.
Jean-Gabriel Carasso, auteur, parle de bataille pour le contrôle de l’imaginaire. Il faut déterminer ce qu’on partage dans le domaine culturel avec l’urgence qu’impose la puissance du réseau Internet.
Par liaison vidéo, le député
Christian Paul a salué le travail exemplaire de Philippe, scientifique, expert, et aussi totalement engagé dans son combat.
Pour ajouter à votre réflexion, ce livre est indispensable. C’est une remarquable contribution au débat sur les échanges culturels par réseau. Comment rendre compatible la liberté de la création et des échanges, tut en assurant une rémunération à la création ? Prenant la place de l’expert, puis du législateur, enfin du politique, Philippe Aigrain réalise là un travail fondateur salutaire. Cette appréciation est fondée, elle a peu à voir avec le fait que Philippe est un ami que j’ai toujours admiré.

vendredi 17 octobre 2008

Le musée secret d’Hitler

Septembre 1940, Hitler triomphe sur tous les fronts. C’est le moment qu’il choisit pour lancer un projet qui lui tient particulièrement à cœur. Créer dans la ville de Linz en Autriche où il fut étudiant, un grand musée rassemblant les tableaux, les tapisseries et meubles de son goût. Achetés un peu partout à travers l’Europe occupée ou volés dans les collections juives confisquées, la Linz Collection a suscité beaucoup de fantasmes et d’écrits mais ce musée jamais réalisé baignait dans le mystère.
Grâce au travail du Musée d’Histoire de l’Allemagne, les 4371 pièces, retrouvées en 1945 dans une mine de sel, ont été systématiquement identifiées, photographiées et mises à disposition du public dans une
banque de données. C’est la dernière étape du long travail d’historien Hanns Löhr qui a publié (en allemand) "la chambre brune de l’art".
La publication du musée d’Hitler permet de constater qu’il avait des goûts artistiques proches du kitsch avec une préférence pour les peintres romantiques de Vienne et d’Hambourg au XIX° siècle. Mais la banque de données va aussi permettre de mieux connaître le butin du führer et peut-être, de retrouver de légitimes propriétaires spoliés.Linz n’était pas la seule ville qui aurait pu être entièrement remodelée par Hitler. Passionné d’architecture, ce dernier avait ainsi imaginé de faire de Berlin la nouvelle capitale du monde. Une exposition montre l’effrayante ambition d’Hitler et les multiples monuments qu’il a conçus pour Germania.
illustration : by Franz von Stuck (1878/1928)

mercredi 8 octobre 2008

J’aurais pu vous en parler, mais il aurait fallu ensuite que je vous supprime.

Un titre invraisemblable pour un livre tout à fait étonnant. Trevor Paglen, brillant docteur en géographie à Berkeley et artiste "conceptuel" a publié un livre entier sur les badges potés par les unités secrètes du gouvernement américain. Des dragons, des martiens, des signes cabalistiques, certains du plus mauvais goût, d’autres d’une beauté étrange.
Il est vrai qu’avec la présence de Bush, l’univers des « opérations noires » s’est
considérablement développé. Programmes d’armes satellitaires, surveillance électronique, nouveaux missiles, le budget de la défense pour les opérations clandestines se chiffre à 32 milliards de dollars pour 2007. A quoi servent les 176 millions de dollars attribués au Prgram Element 0603891C ? Personne ne peut le dire !
Paglen a même réussi à trouver le badge de la
fameuse Area 51, base secrète aérienne près de Las Vegas et ses exploits ne s’arrêtent pas là. Il a déjà publié un livre sur les transports secrets par la CIA d’islamistes et diffusé des photos de ce genre d’opérations prises au téléobjectif.
Lors d’une exposition dans une galerie d’art de Chelsea, Paglen a exposé
une photographie qui a fait sensation. Sobrement sous titrée « Salt Pit, northeast of Kabul, Afghanistan ». C’est en fait la seule photo connue de la prison secrète de la CIA dans le pays. Quand l’art conceptuel révèle les activités clandestines du Pentragone, nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

dimanche 7 septembre 2008

Une aventure moderne















Le chef Almir

Au cœur de l’Amazonie brésilienne, un Indien surui marche lentement, le corps nu enduit de peintures corporelles rouges. Dans sa main droite, un récepteur GPS régler pour préparer des relevés cartographiques.
Cet Indien pas comme les autres s’appelle Almir, il est le chef de sa tribu, son grand-père avait 40 femmes et « il est mort de bonheur ». A 14 ans, Almir a rencontré son premier blanc, il appris à les détester quand ils étaient prospecteurs ou bûcherons. Puis il a connu Mark Plotkin, un botaniste américain qui a dédié sa vie à la protection des tribus indiennes avec son organisation
Amazon Conservation Team (ACT).
Pendant des années,
les Indiens surui ont appris à négocier avec les autorités gouvernementales censées les aider pour faire valoir leurs droits, tenir à distance de leurs réserves naturelles prospecteurs clandestins et bûcherons illégaux. Grâce à ses amis occidentaux, chef Almir est allé en juin 2007 en Californie pour demander à Google de l’aider dans son combat.
C’est ainsi qu’en juillet 2008 une équipe de Google Earth s’est rendu
au cœur de la forêt amazonienne. Rebecca Moore, responsable du projet raconte : « Nous venions là pour enseigner mais l’histoire des Surui, la manière dont ils s’adaptent au monde moderne est une leçon pour nous tous et, avec un peu d’attention, nous avons plus à apprendre d’eux qu’ils ont à apprendre de nous. » Pendant des mois, les Indiens ont préparé la réception de l’équipe de Google, construisant une hutte de cérémonie, mettant à fermenter les boissons traditionnelles. Dès leur première réunion, la petite équipe de Californiens comprit que la discussion n’aurait rien à voir avec leur manière de travailler. Chacun s’exprime, reprend la parole jusqu’à ce qu’un accord s’établisse. Il leur a fallu ensuite attendre le jour et l’heure de la cérémonie de bienvenue, se décorer les bras, le torse et le dos de peintures bleu e et noire et boire dans le bol d’herbes fermentées pour devenir membre d’honneur des Surui. Ce n’est qu’ensuite que commença la formation Internet de plusieurs jeunes Indiens et les explications sur l’usage de Google Earth pour fixer les limites de la réserve indienne.
Là encore ce fut le choc entre les Américains qui définissent les cartes en longitude, latitude et altitude et les Indiens pour lesquels trois dimensions supplémentaires sont à prendre en compte : le contexte historique, les sites sacrés et les sites mythologiques.

Vasco Van Roosmalen, un responsable d’ACT explique : « Les Indiens marquent sur les cartes où ils trouvent les matériels pour fabriquer leurs maisons, les lieux où on trouve des arbres pour faire des canoës, ceux où on trouve du miel, des noix. Sont aussi indiqués les endroits où se trouvent les plantes médicinales, les animaux y compris les animaux sacrés sur les territoires interdits. »

L’expédition de Google fait rêver beaucoup de membres de la communauté des passionnés de technologies si l’on en croit ce qui est publié sur Google Earth Community où
chaque étape de la mission a été commentée. Même intérêt de la télévision brésilienne qui a réalisé un excellent reportage sur le sujet.
Le blog des Indiens surui permet de suivre les étapes de leur bataille. Cette médiatisation a bien entendu heurté les intérêts économiques qui organisent la destruction de la forêt amazonienne. Un dirigeant d’ACT a été arrêté par la police pour un soi disant délit de bio piratage et le chef Almir est aujourd’hui menacé de mort.

Aujourd’hui les travaux cartographiques de Google et des Indiens ont néanmoins permis d’obtenir du gouvernement fédéral brésilien une meilleure protection de la réserve. Mieux encore, elles ont renforcé les liens entre les anciens qui connaissent les lieux, les histoires, les traditions et les jeunes Indiens intéressés par les nouvelles technologies. Le combat inégal entre les multinationales de matières premières et les Indiens est désormais un peu moins inégal, même si les acquis des Indiens surui restent fragiles et dépendant du soutien international.