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Images satellitaires fournies par Google, logiciels inspirés par Wikipedia, blogs, la CIA et les autres organismes de renseignements US utilisent aujourd’hui à plein toutes les possibilités du Web 2.0.
L’avancée la plus impressionnante est certainement le lancement d’Intellipedia qui rassemble 80000 experts du renseignement sur un rése au secret où 5000 dossiers sont édités par jour avec la possibilité de compléter ou de corriger les données diffusées. Un de ses dirigeants en a fait une excellente présentation (audio et power-point).
David Girourard, vice-président de Google, a récemment reconnu que des milliers de fonctionnaires fédéraux utilisent régulièrement les services d’images de Google earth et les techniques de recherche liées. Un service du type Youtube pour espions vient d’ailleurs d’être lancé.
Ce mouvement de fond irrigue toute la communauté du renseignement qui se réadapte en permanence comme le démontre l’un des spécialistes du domaine de la CIA. Des colloques ouverts à tous débattent de sujets longtemps secrets tels New Wags of Knowing avec les dernières technologies du web ou the US Intelligence Community : who does what, with what, for what ? Il existe même un blog public sur Intellipedia qui s’efforce de rassembler toutes les informations existantes sur le fonctionnement de ce service top secret !
Alors qu’Intellipedia vient de fêter son second anniversaire, la vitesse de développement du réseau ne cesse de croître, au point d’être aujourd’hui un outil essentiel de la suprématie américaine.

Photos perdues, photos vendues, photos jetées, elles nous attendent sur une brocante, au fond d’un tiroir inexploré. Les frustrés du numérique, les nostalgiques de l’argentique adorent ces traces d’un passé qui nous paraît déjà lointain. Classées puis numérisées, les photos trouvées alimentent de nombreux sites Internet qui leur sont entièrement dédiés aux Etats-Unis. 617 photos sur ce site ou sur celui-là plus américain. L’émotion n’est jamais loin avec l’étonnant récit en images de la vie d’une fille entre 1936 et 1970. Une vie d’inconnue, quelle chose étrange ! Vous pouvez même trouver un site qui ne publie que des photos non tirées extraites des entrailles d’appareils hors d’usage. Toutes ces images alimentent les imaginations et donnent lieu à des productions telles le documentaire « Other’s people pictures » et à des livres dont celui de l’universitaire Michel Forizot.
Mais la plus belle histoire de photos trouvées nous vient d’Egypte. Dans le désert, un guide touristique découvre une sacoche militaire pleine de correspondances et de photos. Elle a été perdue en 1943 par l’estafette Alec Ross. Grâce à la BBC, le guide Khaled Makram retrouve la sœur de Ross et lui remet les affaires personnelles de ce dernier, mort trois ans plus tôt.
Les photos trouvées ne sont pas uniquement des fragments d’histoire, elles peuvent servir aussi de matériel de base à des créateurs. Le plasticien Thomas Lelu a publié chez Léo Scheer un « Manuel de la photo ratée ». Un petit chef d’œuvre d’humour. L’artiste Christian Boltanski joue à plein des émotions que nous pouvons avoir face à des photos d’inconnus avec « L’album de la famille D » dans lequel il reprend une phrase de Roland Barthes « d’un corps réel qui était là sont parties des radiations qui viennent me toucher, moi qui suis ici, peu importe la durée de la transmission photographique de l’être disparu, elles viennent me toucher comme les rayons différés d’une étoile. » Boltanski pioche dans un fouillis de près de 10000 photos, négatifs, positifs, photos découpées au gré de son inspiration.
Si vous aussi vous voulez « jouer » avec les photos trouvées, exercez-vous à partir du site de partage de photos Flickr des centaines de milliers de photos sont proposées à la communauté, une vraie mine d’images de la société du XXI° siècle.
Excédé par le développement du mouvement de soutien aux Tibétains indépendantistes, le gouvernement chinois sort de ses tiroirs tous les documents pouvant démontrer que le Tibet est une province chinoise depuis toujours.
Le Bureau National des Archives chinois publie quinze documents « qui prouvent que le Tibet a été sous la direction de la Chine durant ces 700 dernières années ».
En vrac, un décret de l’empereur Themur (1362) nommant un commissaire de la pacification au Tibet (déjà), un télégramme du Dalaï Lama à Mao en octobre 1951 exprimant son souhait de « sauvegarder l’unification et la souveraineté de la patrie sous la direction de Mao Zedong et du gouvernement central. »
Une image valant cent discours, la Chine sort d’atroces photographies censées démontrer la situation terrible des paysans dans le Tibet féodal. Accablés d’impôts, en cas de délit ils étaient torturés, mains amputées, orbites évidées. Et de publier des documents à l’appui. « Photos de bols fabriqués à partir de crânes de serfs », « instruments de torture utilisé par les seigneurs pour torturer les serfs » , « Lors de la réforme démocratique de 1959, le serf Geda dont les yeux ont été arrachés par un seigneur, a dénoncé les crimes dont les serfs étaient victimes ». Un peu plus loin c’est « la serve Gesang dont la famille a été ruinée par les seigneurs qui dénonce le servage exécrable en brandissant la main coupée de son mari qui a été enterré vivant ».
C’est sans doute pour cela que le socialiste Jean-Luc Melenchon défend avec ardeur le point de vue chinois à la télévision comme sur son blog.
Conséquence immédiate, il est devenu une vedette en Chine où ses interventions sous titrées passent en boucle. Certains, à Pékin, le verraient bien en Président de la République. Ce n’est pas tout à fait pareil en France où il y a essuyé quelques commentaires salés.
Les tensions entre Washington et Téhéran illustrent parfaitement l’usage d’une nouvelle arme par la diplomatie américaine, la guerre économique et financière internationale à outrance. Sans déclaration officielle, sans mobilisation militaire, l’administration BUSH mène depuis deux ans une manœuvre d’étranglement économique de l’Iran par la multiplication des sanctions financières. Son bras armée, la discrète mais efficace " Financial Crimes Enforcement Network" (FINCEN) est officiellement chargée de traquer l’escroquerie financière et les filières de financement du terrorisme. Le dernier rapport de l’organisme est particulièrement intéressant sur ces deux points. C’est grâce à l’action du FINCEN que l’ONU a passé en mars 2008 une résolution mettant en garde la communauté financière contre les activités des banques iraniennes y compris la Banque Centrale qui est mise à l’index par Washington. Le sous-secrétaire d’état au Trésor Stuart Levey a multiplié les contacts avec les dirigeants européens pour préciser ces accusations et faire pression pour un boycott actif de l’Iran. L’Allemagne, l’Angleterre, la France et la Chine sont instamment priées de mettre en sourdine leurs relations économiques avec Téhéran. Premier succès, le FAFT, l’organisme international basé à l’OCDE de Paris s’est aligné sur la position américaine et a rédigé ses propres mises en garde.
Autre acteur clé de cette guerre économique, le secrétaire au Trésor américain Henry Paulson, bien connu pour son langage direct. Ancien banquier chez Goldman Sachs, , il a accusé les "gardiens de la révolution iranienne" de manipuler à leur profit toutes les activités financières de l’Iran et d’utiliser des sociétés écran pour importer des technologies permettant au pays de se doter d’un armement nucléaire.
Espérons que cette guerre économique ne va pas dégénérer en guerre tout court. Dans une interview hilarante, le comique Alig a demandé à l’ancien secrétaire d’état James Baker s’il n’y avait pas un risque de se tromper entre "bombardez l’Irak" et "bombardez l’Iran". Il croyait plaisanter, pourtant l’agence de renseignements militaires DIA a bel et bien parlé dans un document officiel du bombardement en 1980 du réacteur nucléaire "iranien" par Israël alors qu’il s’agissait d’un réacteur nucléaire "irakien"…
L’un des tableaux les plus célèbres de Lucas Cranach dit le Vieux (1472-1553), Cupidon implorant Vénus, a été pendant quelques temps le fleuron de la collection privée du dictateur Adolph Hitler.
Ce tableau est entré à la National Gallery de Londres en 1963, reste à savoir par quel périple il est arrivé là.
L’affaire a été révélée par une historienne, le Docteur Birgit Schwartz. Alors qu’elle travaillait à la Librairie du Congrès de Washington sur les vols de tableaux commis en Europe, elle fut amenée à consulter la bibliothèque de personnelle d’Hitler (1200 ouvrages) confisquée en Allemagne et, au milieu des livres, se trouvait un album de photographies des appartements d’Hitler à Munich. Son œil averti repère immédiatement le tableau de Cranach.
Elle prend contact avec la National Gallery qui convient de l’origine "douteuse" du tableau, il appartient bien à la liste des tableaux dont la provenance est non identifiée. Liste d’ailleurs disponible sur Internet.
Le Dr Schwartz poursuit ses investigations et découvre que l’affaire démarre avec Patricia Hartwell, journaliste des armées américaines pendant la campagne d’Allemagne en 1944 qui fut l’une des premières à rentrer dans Dachau libéré. Le fils de cette journaliste décédée depuis, raconta que sa mère était rentrée d’Europe avec le Cranach sous le bras et qu’il avait été vendu en 1960 à un marchand d’art new-yorkais qui le revendit trois ans plus tard pour 68 000 dollars à la National Gallery garantissant que ce tableau avait été acquis à Frankfort en 1909 lors de la dispersion d’une collection d’un amateur.
Actuellement l’effort du musée impliqué dans la spoliation vise à savoir ce qu’il est advenu de ce tableau entre 1909, dernière date de son apparition sur le marché et 1945. Une certaine inquiétude apparaît également puisque l’on sait que de nombreuses œuvres d’art pillées par les nazis ont disparu outre-atlantique dans les bagages des officiers américains ou de simples soldats.
Une actualité qui tombe à point puisque la Royal Academy of Arts, toujours à Londres, inaugure une exposition sur Lucas Cranach, génial artiste de la renaissance qui aborda la peinture, le dessi, la gravure et l’illustration de livres. L’artiste allemand fut le plus prolifique de son temps et bien plus tard le préféré d’Hitler et de Goering qui se disputaient ses œuvres. Profitant de cette publicité, la Royal Academy of Arts présente sur son site une découverte sensationnelle, un dessin de Léonard de Vinci recouvert par une peinture du célèbre du maître, la Vierge aux rochers.
Internet est aujourd’hui le plus bel instrument pour utiliser les compétences de chacun, ce qu’on appelle pieusement l’intelligence collective.
La passion des amateurs éclairés et autres collectionneurs, la multiplication du temps libre autorise les institutions à lancer des appels à l’aide qui ne sont pas inutiles. La Librairie du Congrès lance un programme d’identification de photos en collaboration avec le site FLICKR. Plusieurs centaines de milliers de photographies pour exemple les années 30-40 en couleur ou les actualités 1910 sont soumises à la sagacité des internautes qui peuvent attribuer des tags quand ils identifient un lieu, un personnage en situation. La plupart de ces photos étaient jusque-là peu ou mal légendées.
Sur le même principe, le Pentagone, débordé par un trop grand nombre de dossiers saisis après la chute de Saddam Hussein, a livré ces millions de pages en arabe qui sont traduites par des centaines de volontaires. Un organisme militaire américain, le FMSO coordonne les contributeurs extérieurs.
Classique de toutes les investigations (et de tous les délires) l’assassinat de J F Kennedy suscite la passion chez des milliers d’Américains. Le quotidien Dallas Morning News a mis en ligne en février 2008 "les dossiers perdus de JFK". Il s’agit d’une armoire de documents compilés par un procureur de Dallas, Henry Wade. Vont-ils permettre d’apporter du nouveau dans cette quête sans fin pour la vérité. Rien n’est moins sûr, car le procureur travaillait aussi sur un projet de film de fiction sur les Kennedy. Le dialogue entre Oswald et Ruby est-il un compte rendu d’écoutes ou un scénario ? Ce sont les visiteurs du site, après avoir examiné des milliers de pages, qui vont trancher : un forum mis en place par le journal leur permet de débattre. Ce travail collaboratif a lieu également sur les origines du 11 septembre grâce aux documents les plus secrets du FBI obtenus et mis en ligne sur le site Intelfiles. Attention PDF volumineux et lecture parfois difficile !
Bien entendu la France ignore encore ce genre d’interactivité.
Seule initiative dans l’univers du numérique, la sortie pour le Salon du Livre de la version Gallica 2* de la Bibliothèque Nationale qui annonce 3.500.000 pages en lignes pour 2010. Dans un souci de protectionnisme à la française, les pages des livres s’affichent en mode image, véritable insulte pour l’utilisateur, mais il offre quand même une recherche en texte intégral sur tous les documents. Le Syndicat National de l’Edition n’est pas pour rien dans le bridage de Gallica 2.* Gallica 2 est la compilation numérisée de livres de la Bibliothèque Nationale.
Le marché de la photographie ancienne est en pleine ébullition et la France s’avère être un terrain de découvertes pour le monde entier. Grâce à la Société de Géographie créée en 1821, nous bénéficions d’un patrimoine impressionnant de photographies d’explorations des années 1850 à nos jours. Pour preuve le site de l’exposition Trésors photographiques de la Société de Géographie et les publications éditées par Glénat.
L’actualité, c’est la parution de la nouvelle formule de la revue trimestrielle La Géographie en vente dans tous les kiosques et l’annonce d’une grande vente de photographies anciennes à Drouot.
L’experte Viviane Esders et l’étude Yann Le Mouël proposent un ensemble rare de photographies de Chine et d’Indochine. Au catalogue on trouve plusieurs albums pour la plupart de la fin du XIXe siècle dont celui du Consul de France au Yunnan, Auguste François ; les archives photographiques du Dr Jules Pineau, fondateur de l’Institut Pasteur de Saïgon en 1893 ; les photos de la campagne militaire du Dr Hacquard, à la conquête de l’Indochine en 1885. L’homme était médecin, mais surtout un extraordinaire photographe, un artiste plein de sensibilité qui nous fait revivre l’Annam et la Cochinchine d’avant les Français.
Pour le XXe siècle on pourra acquérir des photographies des années 30 avec des pin-up de Shanghaï, ou de la révolution culturelle signée Marc Riboud et d’incroyables panoramas d’ouvriers modèles et d’états majors politiques. Lors d’une vente précédente des albums de photos de gardes rouges, estimés à 200 € se sont envolés à 3000 € pièce. La nouvelle s’est aussitôt répandue au marché aux puces de Pékin où ce type d’albums est aujourd’hui introuvable.
A signaler également de nombreux livres sur l’Indochine, le colonialisme, les civilisations du Vietnam et des romans coloniaux.