lundi 17 février 2014

Une semaine chargée, le débat s’intensifie


Nous avons vu apparaître cette semaine la première expression éditoriale du groupe First Look, structure fondée par Pierre Omydiar, créateur d’ebay et Glenn Greenwald, via le magazine The Intercept.
Ce magazine sur Internet publie une intéressante analyse du rôle de la NSA dans le repérage des drones tueurs utilisés par Obama et une série de photos prises par hélicoptère des agences de renseignement américaines.
Il y a six mois, le Parlement européen a décidé d’enquêter sur les révélations d’Edward Snowden et sur les conséquences de ces révélations. Le 12 février, le groupe des libertés civiles a publié ses conclusions après avoir entendu plus d’une cinquantaine de témoins. Le texte fustige avec vigueur l’activité de la NSA, s’interroge sur la collaboration de certains pays européens avec les Etats-Unis. Il propose de suspendre les pratiques d’échanges de fichiers électroniques avec l’Amérique, de réaliser un cloud européen sécurisé et de donner un statut privilégié aux lanceurs d’alerte. Notons avec intérêt le refus de témoigner des trois personnalités françaises, M. Barjolet (DGSE), M. Calvar (DCRI) et Mme Doutriaux (ORANGE).
Une ancienne membre des services de sécurité britanniques, Annie Machon, devenue célèbre pour avoir dénoncé les méthodes du MI5, lance aujourd’hui une organisation dédiée à l’aide et à la protection des lanceurs d’alerte dans le monde entier. Premier dossier, celui de Snowden qu’il est possible d’aider en se rendant sur le site freesnowden.is. Pour Annie Machon, Snowden risque de rester longtemps en Russie car plusieurs officiels américains ont souhaité publiquement sa mort et aucun autre état ne peut lui garantir le même niveau de sécurité.

vendredi 14 février 2014

Théorie des fuites

Professeur de sciences politiques à Princeton, Rahul Sagar a publié un ouvrage « Secrets and Leaks » dans lequel il fait une intéressante analyse de la relation complexe entre les secrets et les fuites. Le pouvoir de décréter une information secrète est toujours susceptible d’entraîner des abus. C’est là qu’intervient le lanceur d’alerte qui viole la loi pour révéler un abus. Bien entendu une telle action n’est pas sans risques ! Pour dénoncer une injustice mineure, on peut mettre en danger des personnes ou des institutions de manière disproportionnée. Sagar estime également qu’il faut s’interroger sur la personnalité et les motivations de lanceur d’alerte. Est-il de bonne foi ou partisan ? A-t-il pleine conscience des effets de ses révélations ? Pour lui, devenir un lanceur d’alerte se justifie quand son action se base sur la preuve d’un abus flagrant d’autorité publique, quand cette fuite ne met pas en danger la sécurité du pays et quand elle est limitée dans sa taille et ses objectifs. A partir de ce standard, les centaines de milliers de documents de Snowden et les 75 000 de Wikileaks peuvent être considérés comme injustifiés. Certains câbles d’ambassades américaines révélés par Wikileaks ont mis en danger des partenaires de la diplomatie américaine et lui ont fait perdre la confiance de beaucoup d’interlocuteurs. En revanche, les révélations de Snowden ont mis à jour une opération d’espionnage d’ampleur extraordinaire, totalement ignorée du public américain et de ses élus. Un débat sur cet état de fait a pu s’engager alors que personne n’imaginait même qu’il y avait sujet à débattre. Aujourd’hui nous ne savons pas si les révélations continueront au même rythme ou si un compromis sera trouvé entre Snowden et les autorités américaines, ces dernières abandonneraient la procédure ouverte contre le lanceur d’alerte en échange d’un arrêt des publications de documents secrets.

dimanche 2 février 2014

Les Etats-Unis et Internet, fin de partie

Depuis sa naissance, Internet a été conçu, mis en place et géré par des chercheurs et des ingénieurs américains, s’étendant comme moyen de communication universel à toute la planète. Internet est resté un instrument de domination de l’Amérique jusqu’à ce que Edward Snowden démontre, documents à l’appui, qu’Internet était utilisé par l’espionnage américain pour organiser une surveillance généralisée des communications ainsi qu’un instrument de contrôle et d’attaque des réseaux informatiques. Après le scandale général qui a suivi ces révélations, Barack Obama a voulu, lors de son discours du 16 janvier 2014, minimiser l’impact de ces révélations, en annonçant quelques réformes destinées à calmer les esprits sans pour autant remettre en cause l’efficacité des multiples dispositifs de surveillance et de cyberguerre conçus et installés par la NSA.

De fait, son discours vient trop tardivement pour apaiser la colère des Européens et des Brésiliens, de plus il n’offre aucune garantie de bonne conduite à ses « alliés » qui ont découvert qu’on les traitant en adversaires, voire en ennemis.
Alors que les Américains avaient sur Internet une hégémonie de fait que personne ne contestait, aujourd’hui, un large débat s’ouvre un peu partout pour qu’Internet s’affranchisse du contrôle des Etats-Unis  et devienne un espace de communication libre, protégé des inquisitions étatiques. Là où on ne voyait que des discussions techniques, des problèmes de coût et de gestion, émerge un immense problème politique.

Quelles sont les instances internationales qui peuvent garantir la neutralité d’Internet ? Comment faut-il élaborer une législation internationale qui garantisse ce principe ?

mercredi 29 janvier 2014

Snowden et la Russie


Si Edward Snowden est en Russie c’est parce que le gouvernement américain a annulé son passeport et fait pression sur les pays d’Amérique latine qui étaient prêts à l’accueillir. De Moscou, la parole du lanceur d’alerte a moins de portée, elle peut facilement être mise en doute comme celle d’un homme protégé par Poutine, autocrate guère populaire dans le monde.
Certains journaux américains vont plus loin, rappelant que Julian Assange et Wikileaks ont été défendus par Moscou. Sean Wilentz du New Republic confirme que c’est une envoyée de Wikileaks, Sarah Harrison qui a organisé la fuite de Snowden. Traqué à Hong-Kong, ce dernier a négocié avec le consulat russe son départ pour Moscou sur un vol        Aeroflot. Il est certain que ce vol n’a pu être organisé qu’avec l’accord de Poutine, mais peut-on pour autant faire de Snowden un pion manipulé habilement par Moscou ?
La thèse d’un Snowden instrumentalisé par la Russie est bien utile à Barack Obama puisque la parole du lanceur d’alerte est alors frappée d’opprobre, ses révélations considérées comme autant de mauvais coups contre les Etats-Unis et ses institutions démocratiques.
Lors d’un dernier entretien par mail avec le New-Yorker, Snowden a réagi aux propos du sénateur républicain Mike Rogers, l’accusant : « d’être un voleur qui a sans doute bénéficié d’une aide extérieure ». « J’ai agi clairement et sans ambigüité, sans aucune aide extérieure », rappelant qu’il est resté bloqué un mois à l’aéroport de Moscou et qu’un espion aurait été mieux traité. Sur un plan personnel, Snowden a réaffirmé qu’il savait parfaitement ce qui l’attendait quand il a fait ses révélations et qu’il ne regrette rien, même s’il devait finir sa vie dans une grotte.
« Au moins, maintenant, l’opinion publique américaine a une place la table pour discuter de ses libertés. »

Le 23 janvier, il a répondu à des questions des internautes lors d’un forum organisé par l’association ‘Courage Foundation’.
Les menaces qui pèsent sur sa vie ne l’intimident pas et il n’a pas de regrets puisqu’il estime que ce qu’il fait est juste. Pour Snowden, la surveillance massive que pratique la NSA est attentatoire à la liberté, elle modifie nos comportements et nous installe dans la peur en rendant possible un contrôle a posteriori de nos activités. C’est au niveau international qu’il faut préparer une loi internationale et des standards techniques assurant une réelle protection de nos communications.

Snowden estime également que le mieux pour lui serait de retourner aux Etats-Unis mais il en est empêché par l’inculpation qui pèse sur lui. Sur l’avenir de son pays, il conclut : « ce qui rend les Etats-Unis forts, c’est la croyance en ses valeurs et non pas l’activité de ses services secrets. Nous pouvons amender les lois existantes, empêcher les excès des agences et tenir leurs responsables comptables des fautes qu’ils couvrent. »

mardi 28 janvier 2014

Signez la pétition en faveur d' E Snowden.

Le site Avaaz soutient Edward Snowden dans son action. 
Si vous êtes un défenseur de la liberté individuelle, signez la pétition et relayez-la sur Facebook.
Merci.

mardi 21 janvier 2014

L'Amérique promet d'arrêter d'espionner les dirigeants alliés.

« Nous ne pouvons pas désarmer unilatéralement nos agences d’espionnage ! »

Voilà la phrase clef du discours de Barack Obama le 17 janvier 2014, alors qu’on attendait de lui des explications sur les activités controversées de la NSA et sur les moyens d’y parvenir.  Avec un certain panache qui cachait bien son embarras, le président américain est allé jusqu’à ironiser : « nous n’allons pas nous excuser juste parce que nos services sont peut-être plus efficaces. » Il a ensuite expliqué comment il était difficile d’identifier des comploteurs cachés dans les pays les plus hostiles de la planète fonctionnant en réseaux cloisonnés ; comment il était nécessaire pour les Etats-Unis de disposer d’informations secrètes sur les intentions des différents gouvernements à travers le monde.
Sur les légitimes interrogations qui traversent l’opinion publique sur la manière dont la NSA prend en compte la vie privée des citoyens, rien ou presque malgré les sept mois de débats et d’interpellations. Seul un renvoi à des expertises complémentaires et à un avis du Congrès. Une unique chose a été promise avec fermeté : l’Amérique arrête d’espionner les communications des dirigeants qu’elle considère comme alliés. Ils sont une douzaine et la liste n’en sera pas donnée…

Dans un entretien fleuve très ouvert avec David Remnick du New-Yorker, Barack Obama a estimé le lendemain que les fuites de Snowden ont certes déclenché un débat salutaire, mais que ce débat aurait pu être initié autrement. Il est vrai que Snowden a fait des révélations qui portent un coup sévère aux activités du renseignement des Etats-Unis. Quant à ses pratiques d’espionnage, les autres pays qui font mine d’être indignés, font de même. Obama a quand même concédé que, lorsque Merckel a appris qu’elle était écoutée par la NSA, cela a signé une vraie rupture de confiance entre eux.


Aujourd’hui la communauté du renseignement se réjouit qu’Obama ait rejeté toute réforme en profondeur de la NSA, répétant que le traître Snowden, réfugié à Moscou, ne perd rien pour attendre.

lundi 6 janvier 2014

Retour sur la scène médiatique

Après deux ans de recherches entrecoupées de voyages, je reviens à mon blog qui va devenir, pour quelques mois, une publication essentiellement consacrée à l’Affaire Snowden, aux révélations sur l’espionnage mondial pratiqué par la NSA. Quand l’affaire a éclaté en juin 2013, ils ont été nombreux les vieux copains qui m’ont appelé pour me rappeler mes faits d’armes à une époque qui me parait aujourd’hui le Moyen-Age. La revue Interférences, ses articles pour lancer le mouvement des radios libres, dénoncer l’espionnage électronique et le rôle de la NSA. Et ce, en 1975 ! Et tous de me dire, tu es le seul en France à avoir l’expérience et la distance pour traiter de ce nouveau scandale, fais donc un livre là-dessus. Mon premier réflexe a été un « non » sans conviction vite balayé par l’enthousiasme de mon éditeur, François Gèze, PDG de la Découverte. Après 6 mois de travail acharné, aidé par une équipe de jeunes journalistes valeureux, le livre est prêt et il sortira à la fin du mois de janvier 2014. Redevenu pour quelques temps un grand expert de ce domaine complexe, je voudrais grâce à ce blog vous faire partager mes analyses, mes réflexions, mes prévisions tout au long de l’année 2014 au cours de laquelle les documents révélés par l’ex-analyste de la NSA Edward Snowden, continueront de nous tenir en haleine. Je prendrai également soin de suivre la bataille des journalistes indépendants afin d’informer mon lectorat sur le conflit entre la sécurité d’état et la liberté individuelle, conflit né de cette affaire Snowden. Par souci de pédagogie, je vais mettre à disposition un glossaire des principaux termes de l’univers de la NSA qui permettra de mieux interpréter la cascade des documents publiés. Soucieux d’une sécurité de l’Internet, je vais également vous proposer un petit guide des sécurités nécessaires pour surfer avec une certaine tranquillité.